Se réapproprier l'art/la culture

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kv.sagot
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Se réapproprier l'art/la culture

Messagepar kv.sagot » mer. 27 janv. 2016 16:28

Laissez moi vous raconter une histoire :

Il était une fois, je me baladais sur mon fil Facebook, regardants ce que faisaient/aimaient mes "amis" puisque c'est le terme quand je suis tombé sur une vidéo que quelqu'un avait partagé. La vidéo en question c'était Baaa de Ciryiak (https://www.youtube.com/watch?v=WQO-aOdJLiw), une vidéo superbe, connue de tous d'un type super bien. Le problème avec cette vidéo n'était pas son contenu, mais son cadre : Un cadre blanc qui faisait de la vidéo un carré, écris en rouge au dessus de la vidéo les lettres "WTF ?!" et en bas à droite, son nom, prénom et site internet (que j'ai oublié depuis j'aurais du faire une impression écran).

WTF_Ciryak.png
Voici une réappropriation de la vidéo que j'avais vu
WTF_Ciryak.png (46.35 Kio) Vu 7955 fois

Je suppose que c'est une problématique qui existe depuis longtemps mais je n'avais pas vraiment réfléchis à cette problématique ( et il me semble qu'on ne l'ai pas encore développé sur le forum non plus ) et je trouve intéressant cette façon de se réapproprier des oeuvres, quand on voit que 9gag par exemple mets systématiquement son adresse sur toutes les images qui transitent par son site. Le meme consistant d'extrait de film/série autre semblent eux même aller dans cette direction, plutôt que de garder l'oeuvre originale intacte, on la reprends, la coupe et réécris dessus.

Je ne m'y connais pas assez mais je pense que l'univers de la fan-fiction tourne aussi sur ce moteur là. L'oeuvre d'origine n'importe plus, il s'agit de l'interprétation qu'on en fait et comment on la raccroche à son propre monde qui importe.

En bref (j'ai encore beaucoup de ménage à faire dans mon cerveaux et je dois encore comprendre comment bien rattacher tous ça avec Homo Ludens aussi donc je vous laisse là pour l'instant), a t'on changé notre rapport à l'auteur, l'intégrité de son oeuvre et sa propriétés morale ? Est il plus important pour moi de regarder Breaking Bad ou de profiter des extrait choisis par la communauté qui servent de moyen d'expression ?
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a.pedrono
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Re: Se réapproprier l'art/la culture

Messagepar a.pedrono » mer. 27 janv. 2016 17:38

Désolé quand quelqu'un écrit le terme fanfiction par ici, mes super-antennes me le crient très fort et je ne peux que venir en discuter.

Oui il est tout à fait de bon usage de se demander quels droits usent et utilisent les fanfictions?
A vrai dire je me dispute souvent avec mon conjoint sur la valeur des fanfictions et leur rapport avec le travail de l'auteur qu'elles subliment.

Lui pense qu'elles bafouent le travail de l'auteur, le détourne de son objectif premier. Que ce n'est pas respecter un auteur que de se réapproprier son oeuvre pour la transformer au grès de ses propres fantaisies. Il est consterné par l'utilisation de personnages que l'on sort "à outrance" du cadre dans lesquels ils sont emmenés à la base. Et ne supporte pas de voir/lire des choses qui selon lui, n'existent pas dans la tête de l'auteur, ou voire pire, des choses dont même l'auteur en renie l'existence (ex: une relation entre personnages que l'auteur ne conçoit pas comme possible).

Du coup je lui explique que premièrement, il serai sage de désacraliser le pouvoir d'un auteur sur son oeuvre. Que dès le moment où l'on est spectateur/lecteur/receveur d'une oeuvre, et encore plus lorsqu'il s'agit de fiction, nous faisons partie même de l'existence et de la cohérence de l'oeuvre, par le biais de notre INTERPRETATION PROPRE.
J'en reviens au terme et au concept de l'imagination (déjà abordé dans le forum), qui est un élément indissociable de notre perception du monde, qu'il soit fictionnel ou non. (cela questionne aussi la valeur du réel dans notre quotidien, mais bref, c'est un autre sujet)
Partant de ce principe que l'imagination est un outil clé pour la compréhension et l’appréhension d'une oeuvre, nous ne pouvons pas négliger le pouvoir de celle-ci sur notre jugement vis à vis d'une fiction, mais aussi de comment on la ressens/vit et les traces qu'elle laisse en nous, avec son lot de frustrations, de désirs, d'espoirs et d'idées qui peuvent surgir en nous lorsque nous interagissons avec elle. (oui c'est une grosse phrase.)
Il est donc tout naturel de ressentir le besoin de s'investir ainsi que de se nourrir, émotionnellement et physiquement d'oeuvres parallèles, qui compléterais l'oeuvre qui nous tiens tant à coeur.
Il me semble donc que ce n'est pas là l'oeuvre d'un irrespect total pour une oeuvre que les fanfictions existent, mais bel et bien par pur amour pour une oeuvre en particulier.
Qu'elle soit bonne ou mauvaise, une fanfiction (ou tout travail de fan) représente du temps, de l'investissement, et énormément d'effort personnel.

Pour finir j'aimerais noter que dans le travail d'auteur, lorsque la fiction "naît" elle nous échappe aussi vite, car malgré tout nos effort elle grandit de son côté des façons les plus diverses.

C'était un rapport de votre experte en fanfiction,

Andréa Pedrono
(des bisous <3)
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y.reydy
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Re: Se réapproprier l'art/la culture

Messagepar y.reydy » lun. 1 févr. 2016 01:47

Ce sujet tombe vraiment à pic, car, avant qu'elle ne me redirige ici, je disais justement à Andréa "qu'il y aurait un débat super intéressant à ouvrir sur la manière dont peuvent vivre les personnages dans l'imaginaire collectif et individuel et le lien avec l'oeuvre : est-ce qu'il y a une intégrité du personnage, comme semble le penser le conjoint d'Andréa, qui doit être absolument respectée par l'imaginaire du public, ou au contraire, est-ce qu'on peut détacher, d'une part, le personnage en cohérence avec son univers et, d'autre part, le personnage dans l'imaginaire collectif et individuel ?
Ce serait un débat sur le droit d'auteur, l'imagination, les fans-fictions, etc. ..."

J'ajoute à ça qu'il peut y avoir encore d'autres manières de considérer la relation personnage de l'oeuvre / personnage de l'imaginaire du public, telles que celle qu'Andréa a annoncée, je crois, en parlant d'une cohérence et d'une existence de l’œuvre dont fait même partie intégralement le spectateur. Ce qui me semble signifier que selon elle, le personnage de l’œuvre et le personnage qui est dans l'imaginaire collectif ou individuel du public ne font qu'un.

Je pense quant à moi que ces deux aspects du personnage sont effectivement fusionnés dans le sens où le personnage est forcément perçu par le biais de notre imagination et qu'il est donc le résultat d'une combinaison entre notre propre imaginaire et ce qu'a créé l'auteur du personnage, comme toute l’œuvre, qui ne peut de toute façon pas exister sans spectateur, de même que la réalité dans laquelle nous vivons qui ne peut pas exister, selon moi, sans notre imaginaire qui fait la fusion entre le réel (des matières existantes qui sont captées par des récepteurs qui envoient des signaux dans notre corps) et notre activité interne (une chose que je ne sais pas encore définir, qui nous donne notre capacité à recréer en nous notre monde à partir du stade embryonnaire où on commence à récolter des informations sur le réel et à nous détacher ensuite de ces informations pour n'en utiliser que le strict minimum pour nous synchroniser régulièrement avec le réel - un article de La Recherche expliquait que nous utilisons moins de la moitié des informations envoyées par nos capteurs sensoriels tels que les yeux, les oreilles... - , entre autres, et qui pourrait bien être soit simplement une activité électrique intriquée avec le monde extérieur, soit un esprit, ou encore un mélange des deux ou bien autre chose...).

Néanmoins, je pense aussi que, si l'on considère sous un autre angle la relation entre l'imaginaire généré autour des personnages (fan-fictions, shipping, memes...) et les personnages tels qu'ils sont décrits dans les œuvres originales, on peut dire qu'il y a deux aspects différents du personnage : le personnage dans son univers, qui est celui que l'on découvre en lisant, regardant, écoutant l'oeuvre originale, et le personnage-meme qui est ce que devient selon moi le personnage quand on l'imagine en dehors du contexte de l'oeuvre originale, ou il peut alors devenir presque un autre personnage, car nous avons alors toute liberté de même se réapproprier complètement le personnage pour en changer mêmes des caractéristiques dominantes. J'ai concocté le terme "personnage-meme" faute de mieux, car il me semble que, un peu comme dans le cas d'un meme, on reprend quelques gènes d'un personnage tout en modifiant le reste de son ADN (car en fait, l'univers dans lequel s'inscrit à l'origine le personnage fait partie de son ADN).

Pour conclure ce texte qui est probablement un joyeux fatras de germes d'idées, j'ai axé celui-ci sur le personnage, en visant donc un détail encore plus petit du détail qu'Andréa a choisi dans le sujet Se réapproprier l'art/la culture, car je pense que le personnage est un élément constitutif de la culture qui permet de synthétiser les questions qui touchent à l'art et la culture tels qu'abordés ici à leur échelle globale d'une manière assez précise. En fait, ce que j'ai dit à propos du personnage me semble s'appliquer à tout autre élément narratif d'une histoire (ou Histoire) ou même à tout autre élément, même abstrait, d'une œuvre. J'ouvre d'ailleurs en précisant que les personnages dont je parlais sont plutôt ceux des oeuvres narratives fictives, mais qu'on peut aussi parler de personnages dans le cas de personnes réelles célèbres car, dès lors qu'on considère leur image telle qu'il la donne à voir et le récit de leur vie connu par le public (via les médias, les biographies, etc.) comme une histoire, alors toute les considérations que je veux de faire me semble s'appliquer à eux, dans le sens où l'on peut aussi dissocier dans leur cas cette histoire "originale" qu'ils ont plus ou moins vécue et la manière dont ceci va résonner en chacun, être repris, adapté, transformé... Par contre, la question du respect du personnage "original" et de l'endroit où se situe ou non la limite de la réappropriation du personnage dans les imaginaires individuels ou collectifs ne se posent probablement pas de la même manière, surtout dans le cas de personnalités encore vivantes.
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Re: Se réapproprier l'art/la culture

Messagepar a.pedrono » mer. 3 févr. 2016 00:50

Yvain c'est merveilleux O.O

Tu as ouvert un champ de réflexion gigantesque avec ta notion de personnages qui seraient divisés en plusieurs copies d'eux même dans nos imaginaires, tu mets des termes là où je n'arrivait pas à en mettre.
Et le fait que tu abordes cette question des droits de l'interprétation, surtout concernant des personnes célèbre encore vivante est non négligeable et c'est très important de souligner cet aspect là.

Give me some time, and i'll go further through this.

PS: I'm really excited by this.

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Re: Se réapproprier l'art/la culture

Messagepar y.reydy » mer. 3 févr. 2016 10:02

Haha ! ^^ Merci ! Je pense qu'il y a encore beaucoup à défricher... ça me fait presque un peu peur ! ^^

D'autant que je viens de penser ce matin, en me réveillant, à une autre direction pour une piste de recherche sur la réappropriation, mais peut-être plus évidente et qu'Hervé avait déjà abordé, je crois : c'est la réécriture et l'adaptation.

De tous temps, on a réécrit de multiples fois les contes et légendes : Blanche-Neige a été conté à l'oral, écrit en différentes versions, adapté en film d'animation, en film de prise de vue réelle, en bande-dessinée... Les grands mythes fondateurs de notre culture sont similaires à des mythes du monde entier, car, d'aussi loin que l'être humain se raconte des histoires, les mythes se transmettent dans toutes les cultures, s'échangent, s'adaptent, se réécrivent et sont des gênes qui forment l'ADN de chaque culture et constitue des points communs entre elles.
Y a-t-il une différence entre la fan-fiction et la réécriture ? Où se situe-t-elle ? Voilà la question que je me pose, car je ne connais pas suffisamment la fan-fiction et, vu de loin, cela me semble très similaire à ce que tout conteur a fait en transformant un récit ou en reprenant le personnage de tel mythe pour le faire apparaître dans tel autre récit.

C'est ici que je revient sur ma recherche autour du personnage ! TADAM !

Eh, oui ! En fait, ce virage vers ma question sur la réécriture peut nous permettre de revenir sur ma thématique, car, au milieu des nombreux mythes qui ont été réécrits et adaptés d'aussi loin qu'on les connaît, naviguent des personnages, qui vont et viennent d'une histoire à une autre, d'une version à une autre.

Par exemple, Mélusine est une fée au sujet de laquelle on trouve des histoires aussi bien en Poitou que dans l'est de la France, mais qui est très différente selon les versions.
En Poitou, les seigneurs de Lusignan avaient fait écrire au Moyen-Âge une histoire de leur famille où la fée Mélusine était à l'origine de leur lignée :
Un beau jour, un certain Raymondin rencontra Mélusine près d'une source, dans la forêt, alors que celui-ci avait tué accidentellement son oncle a la chasse... Il tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre et Mélusine use de ses pouvoirs pour donner à Raymondin un grand royaume et bâtir des châteaux (la famille de Lusignan fut effectivement puissante même historiquement, d'où la mention dans la légende de leur domination sur de nombreux territoires, jusque sur l'île de Chypre).
Malheureusement, avant cette belle rencontre, Mélusine avait subit une malédiction... Chaque samedi, le bas de son corps se métamorphosait en serpent. Lors de son mariage avec Raymondin, elle lui fit promettre de ne jamais la voir le samedi, sous peine de devoir le quitter à jamais. Comme vous vous en doutez, Raymondin ne put résister à sa curiosité et Mélusine fut contrainte (après avoir quand même eu 9 enfants pas ordinaires avec Raymondin) de le quitter et de repartir en restant sous sa forme de femme serpent pour toujours.

Ainsi, voici la version de Mélusine qui est sans doute la plus connue et que j'ai connu en premier. Toutefois, quelle fut ma surprise quand je découvris en Franche-Comté et en Alsace des légendes qui citaient Mélusine comme une vouivre (une sorte de dragon qui n'a qu'un seul œil, appelé escarboucle, qui est en fait un très gros rubis), ou encore une simple fée qui a construit tel ou tel château d'Alsace ! Je ne connais pas bien du tout ces autres histoires de Mélusine et ne pourrait donc vous les conter, mais elles sont assez différentes de la version que je connais.

C'est pourquoi il me semble que Mélusine est un exemple des très nombreux personnages de légendes qui ont vécus diverses aventures de part le monde, écrites, contées ou dessinées par de nombreux auteurs différents et parfois totalement contradictoires.
Selon les versions des légendes, des mythes ou des contes, les personnages changent de caractères, changent d'apparence, et changent même parfois légèrement de nom, tout en gardant toujours un signe qu'ils sont le même personnage que dans les autres versions. C'est pour moi une preuve qu'un personnage peut être réinterprété autant qu'on le souhaite.

Parmi toutes ces versions, qu'elle est l'originale ? Où se situerait alors l'intégrité d'un personnage, inaltérable par le spectateur ?

Et surtout... Où est la fan-fiction ?

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PS : je ne me suis pas relu ! ^^ Donc s'il y a des corrections à faire, 'faut pas hésiter à me le signaler !

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